Un Tartuffe tellement 2019 à l’Espace 44, mis en scène par Florence Merle

par Cléo Dangoin
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Tartuffe, c’est l’histoire d’un dévot voyou qui utilise la faiblesse et le besoin de spiritualité des hommes pour son profit. Une histoire réjouissante et célèbre du théâtre classique. La compagnie lyonnaise L’Ecume des ours s’essaie pour la deuxième saison consécutive à donner une nouvelle résonance à ce chef-d’œuvre. Rencontre avec sa comédienne et metteuse en scène Florence Merle.

crédit : Compagnie L’Ecume des ours

« Je savais que je monterais Tartuffe un jour. C’est une vraie obsession, ce texte ! »

À la création de la compagnie, en 2014, une ligne artistique se dégage pour Florence Merle et Olivier Lamoille : les classiques revisités. « C’était une volonté, d’aller plus facilement à la rencontre du public. On cherchait à faire redécouvrir des textes connus, et à leur donner une nouvelle dimension. » Et à force de lire et relire Tartuffe, quelque chose frappe Florence.

« Dans un pays où 60 % de Français sont athées, le principe du guide religieux n’est plus tellement d’actualité. En revanche, j’y ai vu un parallèle très fort avec l’essor du développement personnel. Les coachs sont de plus en plus nombreux, tout comme leur audience. Tartuffe devient alors ce coach, face à un Orgon en quête de paix intérieure. » La grande manipulation peut commencer.

Tartuffe et le développement personnel

Une fois que la metteuse en scène commence à dérouler ce fil, tout semble correspondre. Très peu de coupes sont faites dans le texte, il sera servi tel quel. Prouvant l’incroyable modernité des vers de Molière, et la facilité à le relier aux travers de notre époque. « C’est carrément inquiétant, parfois, de lire certaines répliques et de voir ressurgir les débats de notre société ! », ajoute Florence. En effet, si notre société actuelle a tout pour apporter le bonheur, le besoin d’accompagnement pour le trouver n’a jamais été aussi grand.

L’équipe du spectacle met en lumière les parallèles entre religion et coaching moderne. « Comme la religion, ça part d’une intention parfois louable, qui aide à ralentir dans une société de profusion, mais ça ouvre la voie à ceux qui abusent de la détresse de certains. »

L’analogie fonctionne aussi car l’industrie du théâtre s’avère aujourd’hui très en lien avec celle du développement personnel : théâtre en séminaire d’entreprise, activité thérapeutique pour certains, marchandisation de l’accompagnement…

crédit : Compagnie L’Ecume des ours

Adapter sans appauvrir

Transposer Tartuffe dans un univers de musique zen, de néon et d’encens, l’idée se révèle cocasse et maligne. C’est également un procédé que les Molière, Marivaux et Corneille du 21e siècle connaissent par cœur. Mais comment adapter sans perdre le sel du vers, son élégance ? « D’abord en ne modifiant pas le texte, répond la comédienne. Le fait de placer l’action dans notre société moderne n’est pas un gadget de mise en scène dans la mesure où le texte reste au centre. »

« L’idée du développement personnel m’est venue très rapidement à la lecture du texte. Je n’ai pas cherché une idée pour rendre Tartuffe plus accessible ou moderne. C’est vraiment cet univers qui m’est venu à l’esprit dès le départ. »

La compagnie a aussi fait un travail très riche sur la mise en scène, notamment grâce aux lumières de Jean Tartaroli et à la musique de Pierrick Goerger. Faisant de ce Tartuffe une véritable création pointue.

L’Ecume des ours prend son envol

Depuis 2014, la compagnie L’Ecume des ours a travaillé sur L’Ours et La Demande en mariage de Tchekhov, ainsi que sur Mademoiselle Julie de Strindberg. Avec à chaque fois la volonté de transmettre l’amour des grands textes. Mais la ligne créative de Florence et Olivier va évoluer avec le temps, notamment grâce au spectacle Théâtre au comptoir, création qui transpose des scènes du répertoire à des comptoirs de bar.

Entre grands classiques et modernité assumée, les comédiens et metteurs en scène de la compagnie se tourneront bientôt aussi vers le jeune auditoire. Encore un nouveau moyen d’aller vers leur public.

À l’Espace 44, du 29 janvier au 10 février.
Réservations : www.espace44.com

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