Film de super-héros américano-britannique de Christopher Nolan (2012). Avec Christian Bale, Tom Hardy, Gary Oldman, Anne Hathaway, Joseph Gordon-Levitt, Marion Cotillard, Michael Caine, Morgan Freeman, Matthew Modine, Michael Caine, Cillian Murphy et Liam Neeson.

Après huit ans d’absence forcée, Bruce Wayne décide de remettre le costume de Batman afin de contrecarrer les agissements extrêmement dangereux d’un terroriste aussi fort physiquement que mentalement, Bane…

Une saga qui s’appuie sur de bonnes bases

Il y a des sagas qui font parler d’elles par leur insignifiance, par leurs défauts inhérents (les Transformers de Michael Bay, les Underworld ou encore les Angélique de Bernard Borderie. Puis il y a la catégorie des sagas dont le culte dépasse les films (Star Wars, Le Seigneur des Anneaux, Matrix pour n’en citer que trois parmi d’autres). La trilogie de Christopher Nolan sur un personnage mythique des éditions DC Comics, alias Batman semble entrer dans la seconde partie. Mais en y repensant, ces trois films ont la particularité immédiate d’être profondément aimés puis complètement discutés (de manière plus péjorative).

Pourtant chaque opus se distingue par rapport à l’autre.

Batman begins  (2005) est un film passionnant dans sa démarche même. Nolan se réapproprie complètement les préceptes d’un super héros atypique. Il décide de s’éloigner complètement des visions (brillantes) de Tim Burton et de celles (complètement ratées) de Joel Schumacher. Pour cela, Nolan décide de collaborer avec David S. Goyer. Les deux auteurs prennent la volonté de rapprocher leur vision de celle de Frank Miller et surtout de Jeph Loeb. Ces scénaristes ont retravaillé à leur sauce le personnage de l’homme chauve-souris en privilégiant le passé du héros qui devient beaucoup plus ambigu et complexe que ce que l’on pouvait imaginer chez Bob Kane.

Nolan profite de narrer les racines de la schizophrénie de Bruce Wayne en Batman, pour nous balancer principalement une brillante réflexion sur la peur, fondée sur le traumatisme post-11 septembre. Cet événement est clairement le contexte originel de l’ambition scénaristique du cinéaste.
Cette peur, si essentielle à la compréhension de Gotham City, est d’ordre pathologique, physiologique, psychologique, politique, sociologique et même chimique. Cette combinaison se révèle d’une intelligence extrême pour le traitement de Nolan dans son film, car les principes même de la narration sont ordonnés par cette succession de peur, qui amène péripéties et astuces scénaristique.

The Dark Knight (2008) est un film de super-héros qui a l’intelligence de devenir à la fin un film d’un héros mythique ou légendaire, un héros de notre temps et d’un autre temps à la fois. Globalement, le film est époustouflant. Christopher Nolan, en collant directement avec le Batman précédent, prolonge, développe et aboutit une vision superbement attractive (le carton du film en est la preuve ultime).

La question que semble se poser le cinéaste est de savoir quelle est la définition d’un héros. Pour y répondre, il propose un panorama sociologique, psychologique et éthique. La grande force du film est de parler encore de Batman, grâce aux autres personnages et plus particulièrement le Joker, qui est le véritable double maléfique. Il assure cette fonction en se mettant en parallèle avec le justicier masqué. Il n’a pas d’identité sociale, c’est lui-même qui se l’est créée. Le protagoniste de cette histoire est bien Batman et non Bruce Wayne, qui finalement persiste à tenir une image fausse et lisse de play-boy. Non, Batman est un être à l’image défaillante, que ce soit à travers le personnage de Harvey Dent ou celui du Joker, ou plus narrativement parlant à travers la population de Gotham City. Ce ternissement apparaît dans le film comme un aspect plausible. D’ailleurs, c’est une autre des qualités de ce film essentiel : le fait que l’on croit à ce que l’on nous montre. Jamais Gotham City n’aura été aussi nuisible, invivable, dangereuse. Même le jour n’est pas un espace de sécurité. En témoigne la surprenante séquence d’ouverture, aussi invraisemblable (de ces invraisemblances qui sont le fruit de qualité) que détonante. La violence est là, sans que personne ne la voie ou que tout le monde a l’habitude de la voir.


Le film est également une réflexion suprême sur le désespoir qui révèle finalement ce que tout le monde est vraiment. Cet élément, qui peut être un cliché gonflant, est un fil conducteur exemplaire d’un récit intelligent, structuré de manière tout à fait remarquable.
La mise en scène est majestueuse, même si Nolan ne sait toujours pas filmer totalement bien ses séquences d’action, car elle arrive d’une part à nous balancer superbement d’une séquence à l’autre sans que l’on soit plongé dans une perte de repères.
Et puis l’élément de la dualité en chaque homme sous différents aspects est souligné par un cadre, une taille de plan, un dialogue, l’expression d’un acteur. Du grand divertissement, qui couve derrière le gros film explosif.

The Dark Knight est une très belle définition de ce justicier que le cinéma nous ait donné. Il est bel et bien le meilleur film de Nolan mais aussi une réussite d’un genre, par sa densité, sa profondeur, son caractère, son ton, son honnêteté et sa puissance d’évocation.

Une lignée lourde à respecter

L’enthousiasme que je porte à ces deux premiers volets ne m’empêche pas de voir et de comprendre les vrais défauts de ces films. La gestion de l’espace n’est pas le fort du cinéaste et les morceaux de bravoure et spectaculaires sont souvent gâchés par le manque de contrôle du cinéaste pour filmer l’action. Beaucoup de personnes reprochent à Nolan sa propension à tout expliquer, à ne pas faire confiance au spectateur. Et son utilisation de la musique de Hans Zimmer renforce encore les limites visuelles du cinéaste pour souligner des cadres qui se suffiraient à eux-mêmes.

Ces défauts sont rédhibitoires pour certains spectateurs. Je les conçois et ne les contre pas.

Il est quasiment sûr que The Dark Knight rises contienne les tares typiques du cinéaste (ce que son Inception sorti en 2010, film pourtant intéressant, a conforté). Et que les détracteurs ont peu de chance d’apprécier ce troisième volet, par pure cohérence. Et inversement, pour les défenseurs.

L’auteur de ces lignes a la chance « d’oublier » ces défauts pour ne pas s’empêcher de voir les réelles qualités de ce troisième volet.

Après une séquence d’introduction mal découpée, présentant le grand méchant de l’histoire, on se dit pourtant que le film part du mauvais pied. On est loin de l’ouverture brillante du second volet. On nous présente des personnages nouveaux, qui débitent des dialogues un peu trop inutilement chargés et dont on se contrefiche. Puis le film arrive à maintenir son rythme de croisière (qui aurait un moteur très puissant) et à ne plus lâcher son spectateur jusqu’à la fin.

La vision de Nolan sur Batman est conforme à ce qu’il a toujours voulu entreprendre. Un portrait de son protagoniste où sa quête d’identité est plus que malmenée.

Le film a l’impression de répéter les mêmes thématiques mais en réalité il va beaucoup plus loin. L’intérêt constant ressenti tout au long de ces 2h44 témoigne de l’efficacité suprême de Nolan pour caractériser son héros.

Ce qui rend le film passionnant, c’est que le cinéaste prolonge l’idée que le héros doit passer par des contours troubles pour combattre ses ennemis. Dans Batman begins, Bruce Wayne se forge à travers ses propres phobies ; dans The Dark Knight, notre héros est obligé d’atteindre des solutions fascisantes (filmer tout le monde, contrôler les portables des gens) pour arriver à ses fins. Dans ce film, sans forcément raconter ce qui s’y passe, Bruce Wayne subit une véritable forme de renaissance, en passant par une mort métaphorique. Il conçoit cela en connaissant la damnation et la descente aux enfers, d’où il ressortira dans une nouvelle enveloppe et une nouvelle manière de voir le sacrifice qu’il s’était donné dans le film précédent. Le rises du titre est capital dans ses nombreuses sémiologies. Le choix de Bane en méchant est donc cohérent pour ceux qui ont l’opportunité de connaître ce que fait subir ce dernier dans une des aventures du justicier masqué.

Une des caractéristiques de la vision de Nolan est d’avoir présenter Gotham City, personnage à part entière participant de la popularité de Batman. Si dans le premier film, on y sentait un mélange de studio et de vrais buildings, la balance penchait plus dans les films suivants. The Dark Knight filme des villes qui nous font penser à… Dans ce film, Nolan ne chercher même plus à brouiller les pistes géographiquement en nous filmant quasiment la baie de Manhattan comme celle de Gotham… Cette « nonchalance » est en réalité la volonté de rapprocher de manière « architecturale » les peurs et la violence dans notre monde contemporain, rappelant bien entendu le 11 septembre. On peut le reprocher d’ailleurs. Les villes fictionnelles imaginées de toute part sont toutes des miroirs déformants de nos vraies cités et nous n’avons pas forcément besoin de cette proximité reconnaissable des lieux de l’action pour accentuer nos peurs.

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