Le spectacle Une faille mis en scène par Mathieu Bauer, présenté du 18 au 22 mars dernier au Théâtre de la Croix-Rousse, prend un air de série américaine. Dans les premiers épisodes de la pièce, nous sommes plongés avec cinq survivants sous les décombres d’un immeuble en construction qui s’est effondré sur une maison de retraite. Ainsi, ces survivants d’âges et d’origines sociales différents sont pris au piège des gravats, se volatilisant alors de la surface de la Terre comme en hommage à la série américaine Lost : Les Disparus. Se mêlant à la première intrigue, nous suivons en surface une autre histoire, celle du directeur du cabinet du maire perpétuellement au bord du burn-out, se débattant avec la presse.

Dans un registre tour à tour comique ou ironique, parfois grinçant mais toujours clairvoyant, la pièce traite de la thématique du logement au sein des villes et de sa justice sociale. Nous suivons les tenants et aboutissants des décisions des politiques face à ces enjeux.

 

Une forme intéressante et inventive

C’est dans une scénographie innovante avec un traitement particulier des différents espaces, représentatif de la simultanéité des intrigues de la pièce, que tout se joue. En conséquence, la scène théâtrale est scindée en différents espaces de jeu autonomes les uns des autres. Par ailleurs, la manière singulière de représentation des choses, tantôt en utilisant la projection vidéo avec un rideau de scène transparent, tantôt avec un téléphone portable et des caméras encerclant le plateau mobile, nous donne envie de suivre plus en détail les divers épisodes de cette première saison. Retrouvant avec plus d’impatience à chaque fois nos personnages auxquels nous nous attachons, car nous sommes complètement immergés à l’intérieur de cet univers par le biais des comédiens et du chœur se trouvant à certains moments au sein même du public.

 

Une fiction théâtrale originale

Évitant le piège du copier-coller de l’écriture cinématographique et interrogeant par là même les codes cinématographiques d’aujourd’hui, ce spectacle est à voir telle une adaptation des codes du cinéma et du petit écran. Ainsi, Une faille tente de se rapprocher de cet univers par son rythme assez constant, par la fragmentation des conversations entre les personnages, par l’entracte, comparable à notre coupure publicitaire, et, évidemment, par la présence de génériques de début et de fin. Entre les moments suspendus où les personnages se confient et l’apparition du personnage mort à la fin dans un plan fixe, nous naviguons d’un épisode à un autre, guidés par la musique symptomatique de l’angoisse ou encore de l’incertitude des personnages et du suspense nous gardant en haleine pour la suite de ce feuilleton théâtral.

Aussi, des références à l’univers des séries TV sont distillées au sein de la pièce. Par exemple, nous ne pouvons pas passer à côté du clin d’œil à la chaîne de télévision américaine HBO avec son fameux grésillement du début de programme ou de la présence de zombies, nous faisant penser à la série télévisée américaine The Walking Dead.

 

Il y a bien une faille

Néanmoins, tout comme la faille provoquant la chute de l’immeuble, nous pouvons considérer qu’il en subsiste également une dans cette fiction théâtrale. En effet, comme parfois à la fin d’une saison, les derniers épisodes peuvent décevoir un peu. Donc, le seul bémol que nous pouvons reprocher à la pièce est le passage de la marche des zombies enchaîné avec celui des bisons un peu incohérent et incongru, qui soit dit en passant fait penser à un maladroit et bancal jeu de mots sur l’inversion des syllabes du mot zombie donnant bisons…

Toutefois, la fanatique de séries TV que je suis (et je suis sûre que vous l’êtes vous aussi) a hâte de voir les différents épisodes de la saison 2 d’Une faille. Quelle sera l’intrigue de la saison 2 ? Comment les personnages vont-ils évoluer ?

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