Un weekend à l’ACID avec le Comœdia

par Laurine Labourier

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Si vous aussi vous en avez marre d’aller passer le dimanche chez votre grand-mère qui trouve que, tout de même, « on ne peut pas nier qu’Emmanuel Macron, il a du charme » ; que rentrer chez votre mère le weekend avec votre kilo de linge sale sous le bras équivaudrait à déclencher une blitzkrieg familiale contre votre personne ; si même votre chat, répudiant votre hygiène de vie dépravée, a décidé de vous quitter, ne cherchez plus, l’ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) s’occupe de tout !

L’ACID, mais qu’est-ce donc que ce drôle d’animal ? 

Depuis déjà quelques années, l’ACID organise à l’automne les avant-premières de sa sélection cannoise dans plusieurs salles de cinéma en France et à l’étranger (à Lisbonne, Porto et Tanger durant ce mois). Au Comœdia se tenait donc, du 30 septembre au 2 octobre, le weekend de l’ACID, qui permet chaque année de découvrir la richesse, la diversité et la grande qualité de cette sélection parallèle méconnue, qui réserve toujours de très belles surprises.

Mais alors me direz-vous, l’ACID c’est quoi ? L’ACID obtient sa première programmation au Festival de Cannes en 1993 ; elle devient l’une des sélections parallèles du Festival avec comme volonté de soutenir la diffusion, dans les salles françaises et étrangères, des films indépendants. Son fonctionnement repose sur un partenariat entre cinéastes, programmateurs et spectateurs. Chaque années, neuf films sont sélectionnés, les précédents réalisateurs sélectionnés devenant parrains des nouveaux

Ainsi, l’ACID a permis l’émergence depuis 23 ans de cinéastes aujourd’hui plus largement connus du public (Bruno Dumont était cette année en compétition officielle pour Ma Loute ! ; et Justine Triet en Semaine de la Critique avec Victoria), ainsi que celle d’acteurs et d’actrices qui façonnent le visage du cinéma indépendant (Vincent Macaigne, Vimala Pons…). Mais surtout, elle a permis la diffusion de films qui n’auraient pas pu, sans elle, aller à la rencontre du public (De l’Ombre il y a de Nathan Nikolovitch, Pauline s’arrache d’Émilie Brisavoine…), une rencontre qui présente d’abord un film, mais aussi des cinéastes souvent présents et avides de partager leurs créations avec le public.

Accéder au site de l’ACID ici.

Un weekend au Comœdia 

C’est donc avec une joie non dissimulée que votre webzine lyonnais favori s’est précipité dans les salles obscures du Comœdia pour découvrir les nouvelles créations des protégés de l’ACID.

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Premier long métrage de Stéphane Laudenbach, La jeune fille sans mains est une émouvante prouesse artistique qui ravira les adultes comme les plus jeunes. Adapté d’un conte de Grimm méconnu, il raconte l’histoire d’une jeune fille de paysan qui se voit vendue par son père à un démon, les mains coupées. Chaque dessin a été fait à la main puis animé en postproduction après 9 mois de travail du dessinateur. On est saisi par la beauté du trait qui se forme et s’anime sous nos yeux. Quant au travail des couleurs, d’une grande finesse, il vient habiller chaque personnage et chaque décor d’une manière signifiante.

À la beauté esthétique de l’ensemble vient s’ajouter le charme de ce conte de Grimm méconnu où il est question d’amour, de différence, d’avarice, de générosité. Les voix de Jérémy Elkaim et d’Anaïs Demoustier imprègnent avec justesse le personnage de la jeune fille et du prince. C’est donc sans surprise que le film a été primé au Festival d’Annecy ex æquo avec Ma Vie de Courgette de Claude Barras et Céline Sciamma.

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Toute autre ambiance avec Mme B, Histoire d’une nord-coréenne, le documentaire de Jero Youn dont Nathan Nikolovitch (le réalisateur de De l’Ombre il y a en compétition l’année dernière) a tenu à assurer la présentation. Il nous confie ainsi, en prélude au film, que le réalisateur a abandonné l’idée d’une fiction sur le sujet lors de sa rencontre avec Madame B, dont l’histoire l’a convaincu de la pertinence d’un documentaire fidèle. L’histoire du voyage de cette femme que l’on découvre alors qu’elle a été vendue et mariée en Chine par ses passeurs et qui tente, devenue passeuse à son tour, de subvenir aux besoins de sa famille restée en Corée du Nord

On suit ainsi Madame B de sa vie en Chine jusqu’à son arrivée en Corée du nord où elle retrouve son mari nord-coréen et ses fils. Le choix du format documentaire permet de rendre sensible le quotidien du personnage et son questionnement identitaire ; la caméra vient capturer des instants d’intimité profonds et sincères entre Mme B et ses proches, et construit à mesure qu’elle la suit un portrait de femme à la fois dur et touchant.

Une programmation éclectique œ

Le dernier film que nous avons pu voir achèvera d’attester de la diversité de la programmation de l’ACID. Le Parc de Damien Manivel est un étrange et beau film que l’on aurait grand-peine à catégoriser.

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Dans un parc en pleine journée, un jeune couple se retrouve. En l’espace de quelques heures, les deux jeunes adolescents vivent la naissance et la mort de leur histoire d’amour : de la séduction maladroite et hasardeuse à la découverte furtive des corps, jusqu’à une séparation brute et amère. Le film se divise en deux parties distinctes, les premiers émois et la rupture du jeune couple au gré des promenades dans le parc, puis une seconde partie qui apparaît comme un rêve.

Le personnage de Naomy, délaissée par celui dont elle croyait être aimée, décide à la tombée de la nuit de « revenir en arrière » au sens propre du terme. Alors qu’elle retraverse tout le chemin parcouru à deux à reculons pour tenter de se défaire de la peine qu’elle éprouve, elle rencontre sur sa route un gardien de nuit qui fera office de protecteur et l’accompagnera dans sa marche nocturne solitaire. Damien Manivel, pour son second film, parvient avec une sincérité désarmante à mettre en images les nuances du sentiment amoureux et l’intensité et la cruauté d’un premier amour.

Il ne vous reste donc plus qu’à bloquer votre weekend pour l’année prochaine, et profiter en avant-première des nombreuses découvertes que l’ACID ne manquera pas de vous proposer !

Laurine Labourier

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