Les Misérables : un appel d’urgence des banlieues

par Emma Lesage
0 Commentaire

Depuis le 20 novembre, vous pouvez découvrir au cinéma le premier film de Ladj Ly (membre du collectif Kourtrajmé) racontant, avec réalisme, le quotidien explosif de la banlieue de Montfermeil en Seine-Saint-Denis.

Au lendemain de la finale de la Coupe du monde 2018, au sein d’un climat français apaisé et joyeux, la cité de Montfermeil, elle, ne connaît pas de répit et une nouvelle bavure policière va mettre le feu aux poudres.

Une bombe à retardement

Tout au long du film nous suivons le quotidien de Chris (Alexis Manenti), chef de groupe de la Brigade anti-criminalité (BAC), grande gueule se prenant pour le véritable cow-boy de la cité, n’hésitant pas à user de son autorité quitte à dépasser la légalité. Accompagné de Gwada (Djebril Didier Zonga), son acolyte plutôt discret, et Stéphane (Damien Bonnard), dernier arrivé au sein de la BAC afin de se rapprocher de son fils dont il n’a plus la garde.
Ce dernier va alors découvrir en même temps que le spectateur les tensions entre les différents groupes des quartiers, la police, les gitans… Nous découvrons à l’écran une cité totalement hors de contrôle où la violence, l’absence de morale et l’anarchie ont le maître mot.
Mais l’enregistrement vidéo d’une bavure policière à la suite d’une arrestation mal maîtrisée va vite déclencher la colère de la cité.

Le film va alors monter en tension crescendo et nous tenir en haleine au cours des 1 h 45, pour nous laisser sans voix dans les 20 dernières minutes. Nous nous retrouvons alors au plus proche d’une véritable sauvagerie, où le manque de communication entre les différentes communautés va entraîner une descente aux enfers pour tous les protagonistes.

La misère comme seul ennemi commun

Pour son tout premier long-métrage, Ladj Ly, lui-même natif de Montfermeil, a décidé de raconter un quotidien qu’il connaît bien et qu’il a lui-même vécu. En effet, avec une caméra dans les mains depuis ses 17 ans, le membre du collectif Kourtrajmé (collectif audiovisuel ayant pour but d’ouvrir l’accès au cinéma aux jeunes gens des cités) filme le quotidien de sa banlieue et a même déjà réalisé un court-métrage également appelé Les Misérables en 2018.

Mais Les Misérables n’a pas pour but de pointer du doigt une communauté en particulier, mais un manque de communication au sein d’une situation de crise absolument incontrôlable, impactant autant les habitants des banlieues que les policiers. Une situation que le réalisateur a connue et qu’il souhaite montrer aux yeux de tous.

Aucun cliché n’est alors mis au-devant de l’écran, et la dure réalité d’une zone de non-droit nous dépeint un quotidien où chacun veut asseoir son autorité et défendre son territoire. Un lieu où les enfants sont les principales victimes, dans un monde où ils sont complètement livrés à eux-mêmes.

Un film plébiscité

Pour son premier long-métrage, Ladj Ly a totalement su séduire le public (plus de 540 000 spectateurs) mais aussi les professionnels du métier. En effet, ce film a notamment remporté le prix du jury à Cannes en 2019, ce qui est assez rare pour un premier film, et est également sélectionné pour représenter la France pour l’Oscar du meilleur film international.
Mais ce film n’a pas non plus laissé indifférent le président français, Emmanuel Macron, qui se dit lui-même bouleversé par le quotidien vécu au sein des banlieues.

Pour son premier long-métrage, Ladj Ly a donc réussi à faire entendre son cri d’alarme adressé aux politiques qu’il estime « responsables de la situation des quartiers depuis plus de trente ans ». Mais ce film n’est que le premier d’une trilogie qui a pour but de « raconter les banlieues des 30 dernières années ».

Print Friendly, PDF & Email

Related Posts