Paris, Musée d’Orsay L’impressionnisme et la mode, 25 septembre 2012- 20 janvier 2013

Exposition ensuite présentée au Metropolitain Museum of Art de New York 19 février au 27 mai 2013 puis au Art Institute de Chicago du 30 juin au 22 décembre 2013

L’été (12 juin- 9 septembre 2012) avait été l’occasion pour le musée d’Orsay de présenter une rétrospective itinérante (actuellement et jusqu’au 6 janvier 2013 au musée Bonnard Le Cannet) autour de la figure de Misia, Reine de Paris, mondaine et muse, coquette et mécène dont les excentricités et goûts vestimentaires ont influencés et même rythmés la mode parisienne : l’image même d’une bourgeoise érudite et séduisante que quantité d’artistes ont eu à cœur de fixer sur la toile. Cette précédente exposition accordait- en pointillés – une place à l’influence de la mode dans la vie de Misia.

Aussi le choix d’organiser une présentation centrée sur l’impressionnisme et la mode ne dépareillait point dans la logique évènementielle du musée d’Orsay, qui, en optant pour une telle thématique, se donnait la sureté d’attirer le chaland et d’enregistrer une hausse de fréquentation considérable. Pari tenu. Les visiteurs se pressent aux portes de l’ancienne gare et les files d’attente ne désengorgent point. Une frappe commerciale d’ampleur se superpose aux larges moyens médiatiques déployés ; la reproduction des œuvres se décline sur les supports d’une importante quantité de produits dérivés, et l’œil, sans repos, est constamment sollicité et abreuvé d’images.

Une galerie d’images, une juxtaposition de tableaux, une présentation de belles tenues et de photographies : voilà l’impression que la thématique de cette exposition pouvait éveiller, mais comme il ne faut juger de rien sans l’expérience, et ne point se ranger aux impressions enthousiastes ou négatives et aux expressions enjouées ou déçues des uns et des autres, une déambulation à travers l’espace de présentation des œuvres s’imposait.

La contemplation des deux premières compositions proposées à l’entrée, huiles sur toile respectivement dues aux pinceaux de Manet et Renoir – offrant chacune à voir une femme abîmée dans la lecture des revues d’habillement de l’époque -, donnait l’heureux sentiment que le propos de l’exposition allait étroitement mêler scènes de vie quotidienne et incursions de la mode dans les pratiques mondaines ou intimes des contemporains. L’expression de cet enchantement cède rapidement le pas à la déception et l’impression d’un contenu scientifique creux – voire même inexistant – se fait de plus en plus latente.

Les explications, sommaires, se limitent plus à une description des tenues – d’intérieur, de ville, de campagne ou encore de soirée – qu’à une véritable analyse de l’appropriation des us et usages vestimentaires par la peinture ou la photographie. Les maintes citations – empruntées  à l’ouvrage intitulé Au Bonheur des dames de Zola ou à la poésie de Baudelaire -, et apposées sur les murs sont des tentatives de remplissage qui rappellent que l’exposition manque trop cruellement de force pour se suffire à elle-même : car oui, juxtaposer, les unes à côté des autres, des œuvres mettant en scène des protagonistes vêtus à la mode de leur temps ne suffit point à faire une exposition et ne légitime pas nécessairement la scientificité d’un propos.

La muséographie sélectionnée pour évènement méritait à elle seule un développement.  Engagé dans des espaces bien souvent étroits, le visiteur est contraint de suivre le flux et de stationner – parfois longuement –  devant les vitrines afin de se délecter des archives, illustrations, costumes et menus objets prêtés par le musée Galliera (musée de la mode, actuellement fermé). A ce désagrément d’ordre pratique vient s’ajouter, dans deux salles, une présentation des œuvres d’un goût douteux : un alignement de chaises –  portant chacune une étiquette au nom d’un littérateur ou critique de la seconde moitié du XIXe siècle – disposées contre les murs ainsi que des miroirs permettant de refléter les tableaux donnent la désagréable impression que certaines des figures féminines en pied de Manet se pavanent sur le podium d’un défilé digne de la fashion week. Et que dire d’ailleurs du dernier espace consacré à l’habillement d’extérieur ? Le pied du visiteur foulant une moquette simulant de l’herbe, les bruissements rappelant la campagne;  tout cela évoque, à regret, plus une tentative de restitution d’un monde bucolique que l’univers muséal.

Sans doute jugé acerbe pour les uns, péremptoire pour les autres si ce n’est réactionnaire, cette critique, au-delà du reflet d’un jugement purement subjectif, soulève d’autres interrogations. Le succès commercial garanti par la thématique d’une exposition justifie t’il le sacrifice d’un propos scientifique et d’une muséographie dignes de ce nom ?  Les établissements culturels doivent-ils nécessairement, pour se rendre attractifs, proposer des titres accrocheurs avant tout susceptibles de plaire au plus grand nombreux par la réunion de noms et de mouvement connus et appréciés? La démocratisation culturelle doit-elle nécessairement en passer par là ?

Consolons-nous en pensant que les colossales sommes d’argent engrangées à l’occasion de l’Impressionnisme et la mode, à défaut de supporter seulement les frais de fonctionnement de l’établissement, de transport et d’assurance des œuvres prêtées par d’autres institutions  – une large partie des compositions présentées émanent directement des collections du musée d’Orsay –  permettront de financer des expositions plus modestes, des sujets ou artistes plus méconnus qui  mériteraient pourtant que les objectifs se retrouvent également braqués sur eux.

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